"Nous sommes préoccupés par les difficultés rencontrées par des journalistes et défenseurs de droits de l'Homme en Tunisie", a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères,
Bernard Valero.
"Nous suivons la situation avec attention, nous avons exprimé notre inquiétude à l'ambassadeur de Tunisie (à Paris) et nous avons saisi nos partenaires européens de cette question", a-t-il
précisé.
Le porte-parole était interrogé sur le cas de Taoufik Ben Brik, journaliste très critique à l'encontre du président tunisien Zine el Abidine Ben Ali, réélu le mois dernier par 89,62% des voix
et qui fête samedi son 22e anniversaire à la tête de l'Etat.
Si Washington a qualifié sa réélection de "préoccupante" en mettant en avant l'absence d'observateurs internationaux durant le scrutin, le président Nicolas Sarkozy a félicité M. Ben Ali,
l'assurant du soutien de Paris, premier partenaire économique de la Tunisie.
L'arrestation de Taoufik Ben Brik, écroué depuis le 29 octobre, serait liée, selon son entourage, à ses articles publiées dans la presse française sur le scrutin présidentiel et non à la
version officielle d'une agression. Appelé à comparaître devant un tribunal le 19 novembre, le journaliste risque jusqu'à 5 ans de prison.
L'organisation Reporters sans frontières (RSF) et l'opposition de gauche en France ont appelé le gouvernement à dénoncer cette arrestation et plus généralement le traitement infligé en Tunisie
aux opposants et aux défenseurs des droits de l'Homme.
"Après l'élection présidentielle tenue dans des conditions contestées par l'opposition démocratique, la situation des droits de l'Homme continue de se dégrader" en Tunisie, a dénoncé jeudi le
Parti Socialiste français.
Une précédente dénonciation du maire socialiste de Paris Bertrand Delanoë appelant "au respect strict des droits de l'Homme en Tunisie", lui a valu une vigoureuse riposte de Tunis qui a affirmé
ne pas se reconnaître dans cette "description alarmiste et erronée" et dans ses déclarations "intempestives et incongrues".
Emboîtant le pas aux autorités, les maires de Tunis et de 4 autres villes dont Bizerte (ville natale du maire de Paris) ont annoncé leur décision de quitter l'Association internationale des
maires francophones (AIMF), présidée par M. Delanoë. Il est "désormais impossible de continuer à faire partie" de cette association, ont-elles répliqué.
Même si elle tranche avec la réserve habituelle de Paris, la réaction du Quai d'Orsay n'a pas convaincu le président de RSF, Jean-François Julliard qui juge qu'elle arrive "en retard" puisque
Taoufik Ben Brik est incarcéré depuis une semaine.
Interrogé par l'AFP, M. Julliard demande à la France de d'aller "plus loin" en demandant la libération "immédiate" de M. Ben Brik et "la fin du harcèlement de tous les militants des Droits de
l'homme, des journalistes et des blogueurs" dans ce pays où six cyberdissidents avaient été condamnés à des peines de prison ferme en 2004.
Dans ce qui semble être un geste d'apaisement, un groupe de syndicalistes tunisiens de la région minière de Gafsa (sud-ouest), a été libéré jeudi dans le cadre d'une grâce présidentielle, après
plusieurs mois de prison.
Le parti Ettajdid (Renouveau, opposition légale) s'est félicité de cette mesure tout en réclamant l'arrêt des poursuites engagées contre "certains journalistes, étudiants et défenseurs des
droits de l'Homme".
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