Critique irréductible du régime, Taoufik Ben Brik, 49 ans, a été jugé "coupable de délits de coups et blessures volontaires, dégradation de biens d'autrui et atteinte aux bonnes moeurs" par le
tribunal de première instance, a-t-on indiqué de source judiciaire officielle.
Connu pour avoir observé une grève de la faim de 42 jours en 2000, ce journaliste a été inculpé sur la base d'une plainte déposée par Rym Nasraoui, une femme d'affaires tunisienne de 28 ans.
Elle l'accusait d'avoir délibérément embouti sa voiture, de l'avoir frappée et injuriée devant deux témoins.
Il affirme, quant à lui, être "victime d'un traquenard" posé, selon lui, par la police politique en raison de ses écrits dans la presse française contre le régime du président Zine El Abidine
Ben Ali.
"Je suis la victime et non l'accusé dans cette affaire entièrement montée par la police politique", avait-t-il protesté durant l'unique audience de son procès le 19 novembre.
Dénoncée comme un "procès d'opinion" par ses avocats, ainsi que par les organisations de défense de la presse et des droits de l'Homme, l'affaire a provoqué des tensions entre Tunis et Paris.
La France a réagi en "regrettant la décision" de la justice tunisienne, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Bernard Valero rappelant l'"attachement (de Paris) à la liberté de
la presse en Tunisie comme partout dans le monde".
Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, s'était dit "déçu" par les arrestations de journalistes en Tunisie, les jugeant "inutiles" alors que le président Ben Ali a été réélu en
octobre avec 89,62% des voix. Son ministère avait fait savoir que les capitales européennes discutaient de la situation de M. Ben Brik.
Irrité, Tunis a réitéré maintes fois son refus de toute ingérence dans ses affaires intérieures et dénoncé une atteinte à sa souveraineté. Dans la foulée, des excuses officielles étaient
demandées à la France pour son passé colonial, une exigence sans précédent émanant de l'opposition proche du pouvoir et largement relayée par la presse.
A Paris, Reporters sans frontières (RSF) a de nouveau appelé jeudi à la "libération immédiate" de Taoufik Ben Brik. L'organisation avait auparavant dénoncé des atteintes à la liberté de la
presse dans le sillage des élections d'octobre, notamment le procès en cours de l'opposant Zouhair Makhlouf jugé pour avoir tourné illégalement des images dans une zone industrielle. Cet
activiste encourt deux ans de prison et son verdict sera rendu début décembre.
RSF avait également protesté contre la condamnation à 4 mois de prison de Mohamed Soudani, un étudiant ayant collaboré avec des médias français et condamné pour "ivresse et atteinte aux bonnes
moeurs".
A Londres, Amnesty International a aussi demandé la libération de Taoufik Ben Brik évoquant "des accusations motivées par la politique" et son opposition à la réélection du président Zine El
Abidine Ben Ali.
Récemment, M. Ben Ali a laissé entrevoir une intervention en faveur du journaliste: "A ce stade, la Constitution ne me permet pas d'intervenir", avait-il déclaré le 12 novembre en réponse à un
appel qui lui avait été adressé par l'éditorialiste Jean Daniel de l'hebdomadaire Le Nouvel Observateur, un des organes avec lesquels collabore M. Ben Brik.
La France est le premier partenaire de la Tunisie. Son président a été l'un des premiers à féliciter M. Ben Ali pour sa réélection, Nicolas Sarkozy l'ayant assuré du soutien de Paris et salué
les "progrès" d'un pays "modèle dans la région", selon la copie d'un télégramme publié par l'ambassade de France.
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